jeudi 5 septembre 2013

なぜ (pourquoi)

なぜいきている、おしえて。 

てつがく !

Naze ikiteiru, oshiete.
Tetsugaku !

Pourquoi vivre, dites-nous.
Foin de philosophie ! 

mardi 3 septembre 2013

ほんやくする (traduire)

今日そらはスムーズなです。 (Photo)

Kyo, sora wa sumuzuna desu.
Aujourd'hui, le ciel est lisse.
Ce n'est pas une phrase habituelle en français.
Pourtant, tout le monde la comprend, même si on la lit pour la première fois. On dirait plutôt, comme en japonais, "le ciel est beau" 今日そらがきれいです。kyou wa sora ga kirei desu., ou encore plus couramment "il fait beau".
Quand je traduis en japonais la phrase "aujourd'hui, le ciel est lisse", je sais qu'il y a des chances qu'elle soit inhabituelle aussi en japonais.
Le décalage est double alors. Je ne cherche pas à effacer l'étrangeté, mais voudrais, au contraire, la cultiver. 
Mais je ne peux y parvenir sans mes amis Japonais: eux seuls peuvent me dire où se trouve le curseur, si le décalage est trop grand, au point de rendre les phrases incompréhensibles, ou si au contraire ils les trouvent juste un peu étranges, voire poétiques. Cette appréciation est délicate, même en français, j'en ai bien conscience, mais je trouve l'enjeu intéressant, amusant, passionnant. Et le meilleur moyen que j'aie trouvé pour apprendre. C'est pourquoi je remercie mille fois Kumiko, Toshio, Kei Izumi et quelques autres, anonymes, sur la Toile, qui se reconnaîtront.


dimanche 1 septembre 2013

うつりかわり (utsurikawari: changement)


けさ、カモメがちいさくないた。なつがいく.
 Kesa, kamome ga chīsakuna ita. Natsu ga iku.
 Ce matin, les mouettes ont baissé le son. L'été s'en va.


(photo)

dimanche 25 août 2013

"Aujourd'hui, il y a du soleil calme", ou quelques phrases de mauvais japonais.

Quand on apprend une langue étrangère, on a peu de mots pour faire des phrases. On se retrouve si pauvre, tout à coup. Alors on va vers les mots importants. Et vers les phrases simples, aussi. Cette restriction pousse à dire ce qu'on ne dirait jamais dans sa langue maternelle, et, en même temps, des épiphanies s'ouvrent en bouquets.

 Je veux dire "aujourd'hui, le soleil se tait" et je vois que "今日では、日光静かです。" signifie "aujourd'hui, il y a du soleil calme" : ça me va.

 Parce que "le soleil se tait" dit d'une manière plus française, peut-être, ce que le japonais éclaire d'un autre côté : "il y a du soleil calme". Oui, c'est bien cette présence différente du soleil que je veux écrire, un comportement différent et une conséquence autre sur le corps et la vie des humains.

Makiko, une amie japonaise, me propose une traduction directe pour "aujourd'hui, le soleil se tait" :
今日、太陽は黙っている kyou taiyou wa damatteiru.

Makiko précise aussi que le soleil se dit 太陽 taiyou (à l'oral).  Et que 日光 nikkou est plus littéraire pour les Japonais.

Quant au "rayon de soleil", c'est  日差し (hizashi).

Donc une phrase courante (et donc moins poétique aux yeux des Japonais) serait :
"Aujourd'hui, les rayons de soleil sont doux" , phrase totalement inhabituelle et poétique en français.
今日は日差しが優しいです(kyouwa hizashiga yasashiidesu.)
Ou encore,  今日は日差しが優しいですね, où ね ajoute une sorte de connivence avec son interlocuteur, qu'on peut traduire par "n'est-ce pas", non ?, tu vois, etc.


 Les kanjis pour "la lumière du soleil" 日光 et "aujourd'hui" 今日 me ravissent.

Et puis, cette contrainte, ces mots en nombre restreint, cette grammaire flottante que je ne maîtrise pas, précisément parce qu'elle est flottante,  tout cela donne une liberté *extraordinaire*.  Les allitérations japonaises, la nature agglutinante de la syntaxe font surgir des images multiples, joyeuses, des paysages inconnus.


 Quelques-unes de mes phrases en mauvais japonais 
(まちがったにほんごのセンテンス)machigatta nihongono sentensu :

 今日そらはスムーズなです。
 kyo sora wa sumuzu na desu.
Aujourd'hui le ciel est lisse.

 ねこはどくしょがだいすきです。そしてわたしも。
Neko wa dokusho ga daisuki desu. Soshite watashimo.
Les chats aiment la lecture. Et moi aussi.

 川にそそぐかるい雨  
kawa ni (sosogu) karui ame
Pluie légère sur la rivière
雨 = la pluie ! 
 川 = la rivière !


 ちんもくはこどくをもやす
 Chinmoku wa kodoku wo moyasu
 Le silence brûlant de la solitude.

 わたしはとりです。でもあしがあります
 Watashi wa tori desu. Demo ashi ga arimasu.
Je suis un oiseau. Mais j'ai des jambes.

 わたしの手のラインはひらがなである
 Watashino teno rain wa hiragana de aru.
 Les lignes de mes mains sont en hiragana.

 わたしの目は、まぶたを持っていない
 Watashino me wa, mabuta wo motteinai.
 Mes yeux n'ont pas de paupières.

 かおはかぎをかけた 
Kao wa kagi wo kaketa.
Visage fermé à clé.

 かがみにかきました 
Kagami ni kakimashita.
J'ai écrit dans le miroir.

 わたしのめはにじんでいる
Watashino me wa nijindeiru
Mes yeux flous.

 かのじょのかさはかぎをかけた。
Kanojono kasa kagi wo kaketa.
Son parapluie est fermé à clé.

 じかんのかいそくは
Jikanno kaisoku wa
Haute vitesse du temps

(kaisoku : train à grande vitesse)

亀はいそいでいきる
 kame wa isoide ikiru
 (la tortue se dépêche de vivre)
 亀= la tortue !!

vendredi 5 juillet 2013

Le silence

Sans toi je n’irais plus, je crois,
Sans frayeur dans les bois
Peuplés de tant de choses
Et surtout de silence,
Un silence royal
Qui parfois vous exclut.
Guillevic, Lyriques.


(Les poèmes de Guillevic, ainsi que ceux de Norge, sont courts et denses comme des haïkus, d'où leur publication ici)

jeudi 13 juin 2013

SHOKUZAI, film de Kiyoshi Kurosawa

Approcher les non-dits de la société japonaise. Par exemple, le grand espace physique entre les gens quand ils se parlent. Ils s'inclinent à distance, se regardent à peine, puis sont obligés d'élever un peu la voix pour se parler, à cause de la distance laissée entre eux.
Approcher les conséquences d'un traumatisme, montrer à l'écran ce qu'on ne voit pas, ce qui se passe dans la tête, le temps qui s'allonge, le temps ralenti, les questions qui s'entrechoquent. L'ambiguïté qui surgit, prend toute la place : le spectateur non plus n'est pas sûr de ce qu'il voit.
On dira sans doute que le film est trop long : en deux parties de 2h et 2h30, mais pourtant, il donne à vivre un temps différent. Celui qui s'infiltre à l'intérieur du corps, quinze ans après un événement traumatique, mais pas seulement. Il y a aussi le temps du Japon, entre les Japonais, qui est différent. On se tait, on se regarde, un simple "mmm" peut tenir lieu de réponse, sans que personne n'appuie dessus, sans plus de questions.
Et puis les visages. Quand le frère revient dans la maison familiale, qu'il sort de la voiture, il sort du côté spectateur, alors son visage remplit tout l'écran, un bref instant : de face, puis de profil quand il se retourne, c'est comme un titre de chapitre : "le frère".
Ce qui est dommage, c'est que le réalisateur ait essayé de combler tout ce silence par une musique affreuse et  surlignante.
Le titre signifie, en anglais, "atonement", qu'on peut traduire par réparation, expiation, punition.
La punition, non pas pour avoir fait quelque chose, mais pour n'avoir *pas* agi : ce thème court tout au long du film, comment réparer le fait de n'avoir pas agi, comment réparer ce qui fait que rien n'a été fait au moment où il fallait agir. Agir, telle est la réponse. Comme une urgence, comme un combat à mener jusqu'au bout : il faut agir, faire quelque chose, même trop tard, malgré tout, pour pouvoir vivre avec soi-même.